Skip to main content

Engagement réciproque

Charte d'engagement réciproque entre moi (travailleur du sexe) et vous (client·e) : consentement éclairé, clair, révocable et sincère ; limites ; cadre relationnel et pratique.

Publié par Max Avras le 5 juil. 2026

Ce texte est un cadre de consentement et de respect mutuel entre un·e travailleur·se du sexe (TDS) et un·e client·e, à utiliser dans le cadre d'une prestation. Il s'adresse à toute personne, quelle que soit sa situation : avec ou sans handicap physique, avec ou sans handicap ou déficience intellectuelle, avec ou sans trouble particulier (autisme, trouble de la personnalité, syndrome post-traumatique, ou autre).

Plutôt que de s'imposer des règles, accordons-nous des libertés, du confort et de la reconnaissance. C'est avant tout un engagement envers soi-même : s'épanouir, et par cet épanouissement, être pleinement présent·e à l'autre. Et parce que cette exigence est la même pour chacun·e, ce texte vaut à parité : ce que je me dois, je le dois aussi à l'autre, et inversement.

Ce n'est pas une liste de règles, mais un cadre sur lequel nous nous mettons d'accord ensemble : ce que chacun·e peut attendre, ce que chacun·e s'engage à offrir, pour que rien d'essentiel ne repose sur des non-dits.


J'ai le droit :

Le consentement

À la certitude de la majorité légale
Que l'autre soit majeur·e, condition nécessaire à tout consentement valable. En cas de doute raisonnable, de pouvoir demander une pièce justificative, sans que cela soit vécu comme une marque de méfiance ou de jugement.

Au consentement éclairé
De recevoir toute l'information utile, exprimée clairement, pour faire mes choix en pleine conscience. D'avoir une transparence réelle, une communication qui s'ajuste à ma façon de comprendre plutôt que de la simplifier à l'excès, et des alternatives qui me sont expliquées plutôt qu'imposées.

Au consentement clair
De dire précisément ce que j'accepte ou non, et que mes choix soient entendus et respectés. Que mon état émotionnel et ma capacité à comprendre ce qui se joue soient pris en compte à chaque instant, sans altération du jugement — que celle-ci vienne d'une substance (alcool, drogue, …) ou d'un état émotionnel comme une grande détresse ou un épuisement. Ce n'est pas la présence d'alcool ou d'une émotion forte qui pose problème en soi, mais le fait qu'elle affecte réellement ma capacité à choisir librement. Qu'on prenne le temps de vérifier avec moi plutôt que de présumer : qu'on reformule, qu'on me redemande, pour s'assurer que mon "oui" est un véritable choix, et non un réflexe pour éviter un conflit, faire plaisir, ou échapper à un malaise.

Au consentement révocable et sincère
De changer d'avis à tout moment, sans contrainte, peu importe ce qui a été dit auparavant. Chaque rencontre et chaque acte fait l'objet d'un consentement propre : je peux interrompre à tout instant, y compris pendant l'acte. D'avoir un ou plusieurs signaux d'arrêt choisis ensemble, selon ce qui me convient le mieux — un mot, un geste, un signe — et qu'on me demande régulièrement si tout va bien. Que l'on reste aussi attentif·ve à ce qui ne se voit pas : un état de sidération ou de dissociation, même sans signal donné, ou un "oui" que je donnerais par peur de décevoir, par dépendance affective ou financière, ou par crainte du conflit ou de l'abandon. Un tel "oui" ne serait pas un consentement libre — que ce déséquilibre, s'il se manifeste, soit perçu, nommé, et que jamais on en tire parti, même sans le vouloir.

Mes limites et mes désirs

Au droit de refuser
De dire non, à tout moment, à une demande, une pratique ou une rencontre, sans que cela remette en cause mon engagement ou mon professionnalisme. Refuser n'est jamais une faute.

À mes limites, et à une réorientation si besoin
De reconnaître mes propres limites, et de proposer ou d'accepter d'être orienté·e vers un·e autre professionnel·le si ce qui se joue dépasse ce que cette relation peut offrir — sans que cela soit vécu comme un rejet ou un échec, de part et d'autre.

Au désir et au plaisir partagés
D'exprimer ce que je recherche, ce qui me fait envie, ce qui me fait du bien — pas seulement ce que je redoute ou ce que je refuse. Nommer mes envies compte autant que nommer mes limites.

Le cadre relationnel

À la bienveillance
Dans les échanges, dans les actes, dans l'organisation : que mes contraintes soient acceptées, que les aléas soient accueillis avec souplesse plutôt que rigidité.

À la reconnaissance de mon individualité
Avec mes différences, mes défauts, mes opinions, mon implication. À la liberté de dire, d'éprouver, de me montrer vulnérable, sans craindre d'être jugé·e. À ne pas être ghosté·e, c'est-à-dire à ne jamais voir l'autre disparaître sans un mot après s'être engagé·e.

Au respect strict de ma confidentialité
À ce que tout ce qui se dit, se fait ou s'échange, pendant les séances comme en dehors, reste confidentiel — tout comme mon identité.

À la discrétion si nous nous croisons en dehors des rendez-vous
Si nous nous croisons dans la rue, un commerce, un lieu public, ou tout autre contexte hors séance, de ne pas m'aborder, me saluer, ni signifier de quelque manière que ce soit que nous nous connaissons.

À un after care adapté
À du temps de qualité pour faire la transition après la séance. À pouvoir dire ce dont j'ai envie ou besoin à ce moment-là — un câlin, des mots, un simple regard, ou autre chose — plutôt que ce soit deviné, et à ce que cette demande soit réellement entendue et suivie.

Le cadre pratique

À la reconnaissance de mon temps et de mon argent
À la ponctualité, au début comme à la fin, et à être prévenu·e à temps en cas d'indisponibilité ou de changement d'avis. À ne pas être sollicité·e de façon excessive par message, ni à devoir engager une dépense excessive. Au paiement / à la prestation intégrale. Au paiement des frais de déplacement en cas d'annulation de dernière minute.

À l'hygiène
À ce que l'autre se présente propre, sans odeur incommodante, ayant pris soin de soi avant ou au début de la rencontre.

À un cadre accessible
À ce que mes besoins matériels soient pris en compte dès que j'en informe l'autre, tout comme je prends en compte les siens, et à ce que l'on cherche ensemble, dans la mesure du possible, des solutions raisonnables pour que chacun·e puisse réellement vivre la rencontre dans de bonnes conditions.

Au respect de ma santé
À une protection adaptée à chaque pratique, prévue à l'avance et disponible sans que j'aie à la demander, sans négociation ni pression pour s'en passer. Aux accessoires utilisés en séance dans les mêmes conditions de propreté et de soin. À pouvoir parler de dépistage et de prévention sans jugement ni malaise. À être prévenu·e, sans attendre que je le demande, de tout symptôme, risque ou problème de santé connu de l'autre qui pourrait m'exposer. À refuser tout acte qui me mettrait, ou mettrait l'autre, en danger, sans avoir à justifier ce refus davantage.

À une prise en charge compétente, et à l'implication réciproque
D'être accompagné·e par quelqu'un de formé, compétent, et pleinement présent·e à ce qui se passe. Et, en retour, de m'impliquer moi-même : de communiquer mes besoins et mes attentes, pour que cette compétence puisse réellement s'exercer.

À un espace de recours
D'en reparler si l'un de ces engagements n'est pas respecté, d'exprimer ce qui n'a pas convenu, et de mettre fin à la relation à tout moment — mon ressenti suffit comme justification.


Si un tiers est impliqué

Au consentement à sa participation
Si la démarche implique un tiers — une institution, un·e thérapeute tel·le qu'un·e sexologue, ou un travail mené à trois où chacun·e a un rôle distinct — d'être correctement informé·e de la nature de cette collaboration, et de choisir librement si j'accepte que ce tiers participe, quel que soit celui ou celle qui en a fait la demande, sans que ce cadre rende un refus plus difficile à exprimer.

À la maîtrise de ce qui lui est transmis
Le fait d'accepter ce tiers ne signifie pas que tout puisse lui être transmis : je décide de ce qui peut être partagé avec lui au même titre qu'un consentement à un acte, élément par élément, et jamais une fois pour toutes. Seuls les éléments réellement utiles au suivi devraient circuler — ce principe de pertinence vient compléter mon accord explicite, il ne s'y substitue jamais.


Voir aussi