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Se retrouver, après le vaginisme

Le milieu du corps d'un femme habillée, allongée sur un canapé

Histoire fictive imaginée à partir de mes expériences dans la pratique. Toute ressemblance avec une personne réelle serait fortuite.

Camille m’écrit après un parcours de plusieurs années, et la première chose qu’elle me dit, c’est qu’elle ne veut pas qu’on lui dise que « ça va aller ». Elle vit avec un vaginisme diagnostiqué et suivi, et elle ne me demande pas de la guérir, ni de lui montrer que son corps « peut » faire ce qu’il ne fait plus sans douleur. Elle a déjà tout entendu, et elle a aussi tout essayé. Ce qu’elle cherche désormais, c’est un cadre pour vivre quelque chose, pas seulement en parler avec des professionnel·le·s de la santé.

On se rencontre, on parle. Camille me raconte ce qu’elle a traversé, avec une précision qui dit qu’elle a beaucoup pensé à tout ça, et qu’elle a aussi beaucoup parlé à des gens compétents. Je ne suis pas l’une de ces personnes, et je n’ai pas à le devenir. Je suis là pour autre chose : pour qu’elle puisse vivre, dans un cadre tenu, quelque chose qui n’est ni une consultation, ni un exercice thérapeutique. Un moment partagé, avec un corps, le mien, le sien, et le respect strict de la frontière que son corps a posée.

On parle du cadre pendant un certain temps, et ce qu’on décide tient en quelques mots. Pas de pénétration, pendant les premières séances, probablement pendant les suivantes, et peut-être jamais. Pas de tentative pour « voir si ça passe ». Pas de pression, même implicite, pour qu’elle se « dépasse ». Si elle veut qu’on essaie un jour, ce sera elle qui le dira, à un moment qu’elle aura choisi, et encore pourra-t-elle changer d’avis sans avoir à se justifier. Ce qui reste ouvert, c’est le reste : la conversation, le regard, le baiser, la caresse, et tout ce qui n’engage pas ce qu’elle ne souhaite pas. Ce qui est ouvert est déjà beaucoup.

Les premières rencontres sont verbales, puis elles deviennent tactiles, lentement. Camille vient, on parle, et à un moment elle s’assoit plus près. Un autre jour elle propose qu’on se tienne la main, et un autre jour encore qu’on s’embrasse. Chaque fois, on en parle avant, pendant, après. Je ne cherche pas à savoir si « ça va mieux » ou à interroger le corps, je ne propose pas d’exercice. Quand la douleur ou l’inconfort est là, on l’accueille et on l’écoute, sans en faire un symptôme ni une régression. Je suis présent, c’est elle qui indique ce qui se passe, et ce qui ne se passe pas. Quand une séance est plus difficile qu’une autre, on la regarde, on en discute et on accepte cette réalité.

Il arrive un moment où Camille me dit qu’elle a envie d’essayer une pénétration, et qu’elle veut qu’on en parle avant, longuement. Ce qu’on fait. On revient sur le cadre, sur ce que « oui » veut dire ici, sur ce que « non » veut dire, et sur le fait que l’un et l’autre peuvent changer pendant l’acte. On met en place un signal d’arrêt simple. On décide qu’on ira lentement, qu’on s’arrêtera au moindre doute, et qu’on en reparlera après, que ça ait été jusqu’au bout ou pas. Ce qui importe n’est pas d’atteindre un quelconque objectif, c’est qu’elle puisse faire l’expérience d’un acte qu’elle a initié, dans un cadre qui ne la met pas en porte-à-faux avec son propre corps.

On essaie, et ça ne « marche » pas, au sens où la pénétration n’est pas possible sans douleur. On s’arrête. On n’en fait pas un drame, on n’en fait pas non plus un échec. C’est une information, et c’est exactement ce que le cadre nous permet de recevoir. La séance d’après, elle souhaite reprendre, et cette fois-ci la pénétration est possible, brièvement. Camille pleure après, et ce n’est pas un drame non plus, c’est ce qui vient. On en parle. Elle ne sait pas si c’est une « victoire ». Elle sait que c’est quelque chose qu’elle a vécu, dans un cadre, avec quelqu’un qui ne lui a pas demandé de « dépasser » sa peur, et qui ne lui a pas non plus dit qu’elle était « brave ».

Le vaginisme n’est pas « résolu » en quelques séances. Il ne se résout peut-être pas du tout dans cet espace, et ce n’est pas ce que Camille vient y chercher. Elle souhaite un endroit où quelque chose est possible, où quelque chose n’est pas possible sans qu’elle ait à se justifier, et où la frontière de son corps reste la frontière de son corps, quel que soit ce qu’on lui a dit ailleurs. C’est ce que je peux offrir, et c’est déjà beaucoup.